La reprise du travail après un arrêt long

"Désinsertion professionnelle", c’est le sentiment d’être étranger au service lorsqu’on revient après un arrêt maladie de longue durée. L’Observatoire MNT vient de publier une étude sur les moyens de prévenir ce risque en favorisant la reprise après une longue absence.

Des arrêts de plus en plus longs

29 jours, c’est la durée moyenne d’un arrêt maladie ordinaire dans la fonction publique territoriale en 2018 (1) . Un agent en « équivalent temps plein » sur dix est absent en permanence dans son service. L’absentéisme de longue durée est donc un sujet préoccupant pour les employeurs publics, dans un contexte d’effectifs contraints ou en baisse. Une longue absence est délicate aussi pour les agents territoriaux. D’une part parce qu’au-delà de 90 jours d’arrêt (le congé de longue maladie est une exception), ceux-ci passent à demi-traitement. Ensuite, parce que plus un arrêt de travail est long, plus le risque de rechutes après la reprise, donc de nouveaux arrêts - est grand, en particulier avec l’avancée en âge.

Une étude de l’Observatoire MNT sur les conditions d’une reprise réussie

« Réintégrer le collectif et réussir la reprise du travail après un arrêt long » : c’est le sujet de l’étude que publie l’Observatoire MNT, en partenariat avec l’INET (2) et l’AATF (3), au second semestre 2020. L’objectif de cette étude : donner aux employeurs de la fonction publique territoriale (FPT) des pistes d’action ayant fait leur preuve pour anticiper et accompagner le retour à l’emploi après un arrêt de longue durée. Cela à partir de l’expérience et des bonnes pratiques adoptées par les 40 collectivités et centres de gestion interrogés. Steve Krief, élève administrateur territorial, de la promotion George Sand, est l’un des auteurs de l’étude. Il témoigne : « Le suivi administratif des agents arrêtés est plutôt bien structuré, du fait des obligations légales pesant sur les employeurs. Mais l’accompagnement managérial proposé avant et après le congé maladie est beaucoup moins investi. De même que le maintien du lien avec le service pendant la durée de l’arrêt. »

Prévenir la désinsertion professionnelle : des propositions

  • Avant l’arrêt
    Prévenir la désinsertion professionnelle passe, selon cette étude, par un suivi sur le long terme des agents exerçant des métiers à risque (services techniques et petite enfance notamment). Cela pour repérer l’usure dans le poste et préparer une éventuelle « seconde carrière ». Autres idées : un suivi semestriel avec chaque manager pour faire le point des absences ; la mise en place d’un numéro vert pour joindre anonymement le service prévention.

  • Pendant l’arrêt
    Connaître à l’avance le choix de l’agent sur le maintien des liens avec le service, en lui demandant son consentement (ou son refus) dès l’embauche. Autre idée : mieux faire connaître le droit à formation qui perdure pendant un arrêt.

  • À la reprise
    Confier à un référent RH unique le soin de coordonner tous les intervenants pour simplifier les démarches en vue de la reprise du travail. Autre idée : utiliser la période préparatoire au reclassement (PPR, un dispositif introduit en 2019) pour préparer et accompagner la reconversion des agents en arrêt de longue durée. Des solutions pour mieux vivre la reprise.

(1)  SOFAXIS, Premières tendances 2018 des absences pour raison de santé dans les collectivités territoriales, juillet 2019

(2) INET : Institut national des études territoriales

(3) AATF : Association des administrateurs territoriaux de France

« Le médecin conseil est un médiateur »

L’aide au retour à l’emploi fait partie des attributions du service médical de la MNT. Il compte quatre médecins conseil. Rencontre avec le Dr Laetitia Paolaggi, médecin conseil et responsable du service médical depuis trois ans.

  • Quel accompagnement le service médical de la MNT peut-il fournir aux agents en arrêt maladie de longue durée ?
  • Le rôle des médecins conseil ne consiste pas seulement à réaliser des contrôles ou des expertises médicales. Nous proposons aussi aux agents arrêtés depuis plus de 3 mois un accompagnement vers le retour à l’emploi. Sur la base du dossier médical de l’agent, nos médecins conseil peuvent enclencher une « procédure aménagement-reclassement ». Cet accompagnement personnalisé, par courrier et téléphone, permet de trouver des solutions concrètes d’adaptation de poste ou de reclassement.

  • Quel est alors le rôle du médecin conseil MNT ? Quelle différence avec le médecin traitant ou de prévention ?
  • Le médecin conseil de la MNT est un médiateur : il fait le lien entre les nombreux intervenants dans la reprise du travail : médecin, ergothérapeute, assistante sociale, DRH… Cela suffit souvent à remettre en marche une mécanique grippée. Le médecin conseil ne se substitue pas au médecin de prévention, seul habilité à dire si un agent peut reprendre son activité et si ses conditions de travail doivent être adaptées. Ni au médecin traitant, qui suit et traite l’agent.

  • Quelles sont les autres solutions de la MNT pour une reprise du travail réussie ?
  • Notre prestation "MNT Équilibre" permet aux agents, en souffrance du fait d’un long arrêt de maladie, qui le souhaitent de bénéficier de consultations (20 au maximum) auprès d’un psychologue. Les agents peuvent en bénéficier dans le cadre d’une convention de participation entre la MNT et leur collectivité. Ces séances sont réglées par la MNT.

  • Comment garantir aux agents la confidentialité de leurs informations ?
  • L’intervention du médecin conseil de la MNT se fait dans le strict respect du secret médical. Si nous pouvons échanger des informations médicales avec les autres médecins qui suivent l’agent, nous ne parlons jamais de sa pathologie avec l’employeur. Mais seulement des aménagements de poste que nécessite son état de santé.

« Nous travaillons main dans la main »

Réduire l’absentéisme, c’est l’objet de la convention de participation unissant le centre de gestion du Rhône et de la métropole de Lyon à la MNT depuis 2014. Explications d'Olivier Ducrocq, DGS du CDG 69.

  • Comment la MNT accompagne-t-elle vos agents ?
  • 150 des 300 communes rattachées au CDG 69 pour leur médecine préventive ont choisi d’adhérer à notre partenariat avec la MNT. Leurs agents en arrêt long bénéficient d’un suivi par courrier et téléphone, pour lequel nous travaillons main dans la main avec les médecins conseil et psychologues du travail de la MNT.

  • À ce jour combien d’agents ont été accompagnés ? Avec quels résultats ?
  • De début 2017 à fin 2019, 520 agents ont été suivis. Parmi eux, 44 % ont pu reprendre le travail et 21 % ont bénéficié d’un accompagnement rapproché, notamment de consultations auprès d’un psychologue. Cette prestation "MNT Équilibre" permet aux agents en arrêt long de bénéficier d’un soutien individuel pour mieux appréhender la reprise et se sentir épaulés.

  • Quelle est la prochaine étape ?
  • La prévention : nous formons, en 2020, 32 agents exerçant des métiers à risque (services techniques et petite enfance essentiellement), fragiles sur le plan de la santé, qui ont un besoin de reclassement à terme. Cette formation de trois mois les prépare aux métiers administratifs en tension.

Avez-vous aimé cet article ?

oui